Le 21 mai 2015, j'assiste à une intervention passionnante d’Albane Vigneron (@AlbaneVigneron) lors de la Fabrique du changement de Nantes. Sociologue de formation, elle mène une enquête de fond sur le bonheur au travail. J’ai envie d’en savoir plus sur le sujet : nous nous rencontrons cet été autour d’un café dans le quartier Bouffay, à Nantes. Interview.

 

 

L'essentiel de l'article

 

  • Exit le management directif des 30 Glorieuses.

  • Travailler dans une ambiance agréable, apprendre de nouvelles choses, et avoir de l'autonomie sont les clés du bonheur au travail pour les salariés.

  • Tout part de la volonté du dirigeant, qui doit accepter de lâcher du pouvoir.

  • Les entreprises qui réussissent leur transformation sont souvent accompagnées par un coach.

 

1. Pourquoi cette étude ?

 

Ma première réflexion est venue il y a un peu plus de deux ans. Le point de départ était ma conviction selon laquelle quand on est bien dans son travail, on peut déplacer des montagnes. C’était un thème qui me tenait à coeur personnellement mais il n’était pas du tout au goût du jour. Je doutais de la pertinence de mon sujet, alors mon objectif n’était pas tant de faire une enquête sociologique que de tâter le terrain. Certains m’ont pris pour une folle, d’autres me demandaient si je ne me prenais pas pour Mère Thérésa !

 

 

2. Quels en sont les principales conclusions ?

 

Aller vers le bonheur au travail, c’est un ensemble de paramètres à réunir. Tout le monde veut une boîte à outil et que ça marche tout de suite. Et bien désolée, mais il n’y a pas de mode d’emploi !

 

« Si vous ne faites pas attention au bonheur au travail, vous allez perdre les meilleurs, et garder ceux qui ont peur de perdre leur boulot. »

 

  • Le mode de management directif hérité des 30 Glorieuses est encore en place dans la plupart des entreprises. Or, cela correspond de moins en moins aux salariés ! De plus en plus, ces derniers choisissent leur employeur. Il n’est pas rare de voir un jeune talent arriver dans une entreprise, et mettre fin à sa période d’essai parce qu'il ne se retrouve pas dans son mode de fonctionnement et ses valeurs.

 

"L’enjeu est de passer du travail forcé au travail réjoui."

 

Résultats de l'enquête d'Albane Vigneron sur le bonheur au travail - 20 mai 2015

 

  • Ce qui est clair est que tout part de la volonté du dirigeant. Car c’est lui qui donne la vision. Il y a donc un travail du dirigeant à faire sur lui-même, pour accepter de lâcher du pouvoir. Sans humanisme, qui dans l’entreprise consiste à vouloir le bien-être de ses collaborateurs, cela ne peut pas marcher. D’ailleurs, ce devrait être la vocation du manager : rechercher le bien-être des autres.

 

"La question que doit se poser le chef d’entreprise au moment d’investir est délicate : Est-ce que je prends le risque d’une régression à court terme, pour que ça marche à long terme ?"

 

  • Un autre élément est que les entreprises qui réussissent sur ce chemin exigeant sont souvent accompagnées par un coach. La mise en place du bonheur au travail, ce n'est pas binaire comme le réglage d'une machine. C’est un chemin en perpétuelle évolution et à l’équilibre fragile. Il demande des moyens humains, du temps, et l’engagement de tout le monde. C’est exigeant ! 

 

  • Les entreprises qui vont dans cette voie ont envie de témoigner, car elles se sentent un peu seules et ressentent le besoin de partager leur expérience.

 

 

3 - Quels sont vos projets à venir ? 

 

Mon objectif est de poursuivre ce programme de recherche appliquée, lui faire des petits. Probablement pas sous une forme académique, mais plutôt en étant aux côtés de ceux qui veulent changer. Je me retrouve bien dans ce rôle de facilitateur, de coach-accompagnateur.

Je réfléchis aussi à une manière d’approcher les entreprises qui ne veulent pas répondre au sondage. Car les entreprises qui font le sondage sont celles dont le dirigeant est prêt à se questionner.

Je me passionne pour cette quête du bonheur ; c’est un mouvement de fond qui est en marche. Ce qui est vrai en entreprise l’est aussi pour toute la société. Acceptons le fait que nous sommes au carrefour d’une nouvelle ère. On doit partager, grandir ensemble, éveiller les consciences collectives. C’est une cause qui doit nous dépasser. C’est le chemin de la pleine humanité dont parle le philosophe Patrick Viveret.

C’est l’occasion de se poser la question : vers quoi voulons-nous aller collectivement ?

 

 Albane Vigneron, copyright Max & Myriam

Albane Vigneron, copyright Max & Myriam

 

Aller plus loin

  • Bio : Albane Vigneron est sociologue de formation. Ce qui l’anime ? « Accompagner les transformations collectives et individuelles ». Diplômée de sociologie, elle intervient dans l’univers du conseil et de la formation auprès de grands groupes francais et internationnaux. Parallèlement à ses missions au sein du cabinet MoreHuman Partners, elle dirige un programme de recherche appliquée sur le bonheur au travail. 
  • Sondage sur le bonheur au travail : accessible librement en cliquant ici.
  • Plus de matière : article publié par Albane le 6 juin 2014 ici.

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